(Encadrant : Robin Girard)
Descriptif :
En juin 2026, la presse s'est emparée d'un chiffre issu du dossier de restriction européen sur les PFAS : les pompes à chaleur et les climatiseurs seraient devenus la première source de PFAS en Europe. Le constat est embarrassant, car ces mêmes machines sont un pilier de la décarbonation du bâtiment — elles remplacent des chaudières fioul et gaz, et elles nous permettront de tenir les canicules à venir. L'Europe s'apprête donc à restreindre une famille de substances au moment précis où elle mise sur les équipements qui les utilisent.
Ce chiffre agrège pourtant des situations très différentes. Tous les fluides frigorigènes ne se dégradent pas en TFA, ce polluant ultramobile qui inquiète le régulateur : certains le produisent intégralement, d'autres pas du tout. Toutes les machines ne fuient pas au même rythme — une climatisation automobile, dont le compresseur est entraîné par courroie, n'a rien à voir avec un split domestique à circuit hermétique. Et toutes ne sont pas également substituables : le propane et le CO2 sont matures pour les petites puissances mais se heurtent, pour les grosses installations, à des contraintes d'inflammabilité, de coût et de rendement.
L'objectif du mini-projet est de désagréger ce chiffre agrégé pour répondre à une question de politique publique : où la restriction PFAS est-elle proportionnée, et où risque-t-elle de ralentir la décarbonation ? Le groupe reconstituera la répartition réelle des émissions par usage à partir des documents de l'ECHA, comparera les fluides candidats sur des critères multiples, et confrontera les deux réglementations européennes qui se superposent : le règlement F-gas, qui cible le pouvoir de réchauffement, et la restriction PFAS à venir, qui cible la persistance. Le sujet est un bon terrain pour apprendre à remonter à des sources primaires plutôt qu'à leur écho médiatique — l'écart entre les deux fait ici partie du problème.
Reconstituer, à partir du dossier ECHA, la répartition des émissions de PFAS par secteur, puis isoler ce qui relève des PAC et climatiseurs fixes, du froid commercial et de la climatisation automobile.
Construire un tableau comparatif des fluides frigorigènes (HFC, HFO, propane, CO2, ammoniac, eau) selon le coût, le rendement, le pouvoir de réchauffement, le statut PFAS, le rendement de dégradation en TFA, l'inflammabilité et la maturité technologique.
Identifier les segments d'usage où la substitution est aujourd'hui difficile, et estimer ce que coûterait — économiquement et en termes de décarbonation — une interdiction sans dérogation sur ces segments.
Instruire une question ouverte : dans quelle mesure l'électrification du parc automobile réduit-elle mécaniquement les fuites, indépendamment du choix de fluide ?
Conclure par une position argumentée sur le calendrier et les dérogations, en distinguant ce qui relève du risque sanitaire avéré, du principe de précaution, et de l'arbitrage entre deux objectifs environnementaux concurrents.
ECHA — dossier de restriction « universal PFAS », avis du RAC et projet d'avis du SEAC (2025-2026) : https://echa.europa.eu/registry-of-restriction-intentions — les évaluations sectorielles « Applications of fluorinated gases » et « Transport » sont le cœur du sujet.
Règlement (UE) 2024/573 relatif aux gaz à effet de serre fluorés (calendrier de réduction des HFC).
J.-B. Fressoz, « Les pompes à chaleur, première source de PFAS en Europe », Le Monde, 6 juin 2026 — le point de départ médiatique, à confronter aux sources primaires.
Freeling & Björnsdotter (2023), « Assessing the environmental occurrence of the anthropogenic contaminant trifluoroacetic acid (TFA) », Current Opinion in Green and Sustainable Chemistry.
AIE, The Future of Heat Pumps (2022) — trajectoires de déploiement et enjeux industriels.
Umweltbundesamt, rapport 73/2021 — fuites des climatisations automobiles et contribution au TFA.
Contact :
Robin Girard (robin.girard@minesparis.psl.eu)