(Encadrant : Quentin Raillard & Simon Brigode)
La Chine occupe une position singulière dans la transition énergétique mondiale : premier émetteur de gaz à effet de serre, premier consommateur d’énergie, mais aussi premier producteur mondial de technologies clefs pour la transition (panneaux photovoltaïques, batteries ou encore véhicules électriques) [1]. Engagée depuis 2020 sur une trajectoire avec pic d’émissions avant 2030 et neutralité carbone avant 2060 [2][3], elle a vu ses émissions de CO2 se stabiliser depuis le début de l’année 2024 [4]. Cette inflexion est portée par un déploiement rapide d’énergies renouvelables et par une électrification rapide du transport. Pour autant, elle coexiste avec l’installation prévue de nouvelles centrales à charbon représentant plusieurs centaines de gigawatts [3].
Cette prudence charbonnière s’enracine dans une expérience précise : en hiver 2017, la mise en oeuvre accélérée des politiques de conversion du charbon vers le gaz a provoqué une pénurie d'approvisionnement, privant de chauffage une partie des ménages ruraux du nord du pays et contraignant les autorités centrales à faire marche arrière, conditionnant la sortie des fossiles à la capacité effective de remplacement [5]. Outre le fait de savoir s’il s’agit d’un frein durable à la décarbonation ou une condition d’acceptabilité de trajectoire, cette question se double d’un enjeu social : la réduction des capacités charbonnières a déjà entraîné des pertes d’emploi massives [6], avec des ressources publiques ayant bénéficié surtout aux entreprises (plutôt qu’aux travailleurs et territoires) [7].
Les technologies bas-carbone reposent sur des matériaux (terres rares, lithium, graphite, etc.) dont l’extraction et surtout le raffinage sont fortement concentrés en Chine [8]. Bien que la disponibilité géologique des terres rares n’est pas un facteur limitant à l’horizon 2050, l’intensité en eau des procédés de séparation, dans des régions déjà en stress hydrique, pourrait le devenir [9]. Néanmoins, cette concentration est aussi un levier pour la Chine qui a étendu ses contrôles à l’exportation des produits bruts aux technologies elles-mêmes [8].
Enfin, les capacités de production industrielle chinoise dépassent largement la demande mondiale, et l’effondrement des prix qui en résulte constitue sans doute un puissant facteur d’accélération de la décarbonation mondiale (tout en fragilisant les bases industrielles concurrentes) [1]. Les interprétations divergent : soutien public et distorsion de concurrence pour les uns, avantage d'échelle pour les autres, ou encore hypercompétition intérieure destructrice de marges (ce que Pékin cherche lui-même à endiguer). Que de nombreux producteurs vendent à perte complique la lecture d’une stratégie purement offensive. L’Union Européenne y répond par une politique industrielle explicite, visant 40% de production domestique de technologies “zero net” en 20301.
Ce mini-projet repose essentiellement sur une revue critique de la littérature. Vous devrez considérer les aspects suivants :
La synthèse des enjeux, articulant dimension domestique (sécurité énergétique, charbon, transition juste) et internationale (matériaux critiques, chaînes de valeur, relations commerciales).
La confrontation explicite des sources. Une partie de la documentation est produite par des institutions chinoises, une autre par des agences internationales ou des think tanks occidentaux. Identifiez, s’il y en a, les points de divergence et expliquez-les (données mobilisées, hypothèses, positionnement de l'organisme).
Le projet peut se scinder en 3 axes:
Axe 1 - la trajectoire chinoise et ses impacts locaux
Axe 2 - les contraintes matérielles
Axe 3 - le choc pour le monde (la surcapacité chinoise a-t-elle accéléré ou fragilisé la décarbonation mondiale ?)
[1] Ember. (2025). China Energy Transition Review.
https://ember-energy.org/latest-insights/china-energy-transition-review-2025
[2] Energy Research Institute of Chinese Academy of Macroeconomic Research. (2024). China Energy Transformation Outlook.
[3] China | Climate Action Tracker. (2026).
https://climateactiontracker.org/countries/china/
[4] Carbon Brief. (2026). Analysis: China’s CO2 climbs 2% in early 2026 due to ‘wasted’ wind and solar.
https://www.carbonbrief.org/analysis-chinas-co2-climbs-2-in-early-2026-due-to-wasted-wind-and-solar
[5] Li, F., Zhang, J., & Li, X. (2023). Energy security dilemma and energy transition policy in the context of climate change: A perspective from China. Energy Policy, 181, 113624. https://doi.org/10.1016/J.ENPOL.2023.113624
[6] He, G., Lin, J., Zhang, Y., Zhang, W., Larangeira, G., Zhang, C., Peng, W., Liu, M., & Yang, F. (2020). Enabling a Rapid and Just Transition away from Coal in China. One Earth, 3(2), 187–194. https://doi.org/10.1016/J.ONEEAR.2020.07.012
[7] Gong, W., & Lewis, J. I. (2024). The politics of China’s just transition and the shift away from coal. Energy Research & Social Science, 115, 103643. https://doi.org/10.1016/J.ERSS.2024.103643
[8] IEA. (2026). Global Critical Minerals Outlook.
https://www.iea.org/reports/global-critical-minerals-outlook-2026
[9] Guedes, F., Seck, G. S., Hache, E., & Roche, C. (2026). Rare earth elements demand and energy transition in 2050: Exploring water stress impacts. Resources Policy, 118, 105936. https://doi.org/10.1016/J.RESOURPOL.2026.105936
Quentin Raillard--Cazanove : quentin.raillard--cazanove@kuleuven.be
Simon Brigode : simon.brigode@agroparistech.fr