(Encadrant : Pedro Affonso Nobrega)
L'été 2026 a rappelé l'urgence de respecter les limites planétaires pour préserver l'habitabilité de la Terre : sortir des combustibles fossiles, développer les renouvelables, réduire l'extraction de ressources non renouvelables et les émissions de polluants (Rockström et al., 2009 ; Richardson et al., 2023 ; GIEC, 2023). Ces limites sont documentées et consensuelles dans la communauté scientifique — pourtant le rythme des transformations reste très inférieur à ce qu'elles exigent. Pire, plusieurs mesures de transition font l'objet de reculs récents : contestation des ZFE, réintroduction de pesticides, opposition aux projets éoliens. Un même schéma se répète : des politiques décidées à l'échelle nationale, perçues localement comme imposées « d'en haut », peinent à obtenir l'adhésion des territoires chargés de les mettre en œuvre.
Et si la clé de la transition résidait moins dans la planification centralisée que dans la capacité des communes à prendre en main, elles-mêmes, leur sortie des énergies fossiles ?
L'échelon communal offre proximité, légitimité démocratique et connaissance fine du territoire. Depuis la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015, les intercommunalités (EPCI) sont chefs de file de la transition énergétique via les Plans Climat-Air-Énergie Territoriaux (PCAET), obligatoires au-delà de 20 000 habitants. Mais un PCAET ne vaut que par la qualité du diagnostic communal qui l'alimente : c'est à l'échelle de la commune que se décident méthanisation, rénovation de l'éclairage public ou ombrières photovoltaïques. Or, la plupart des communes n'ont ni les compétences ni les ressources humaines adaptées pour le diagnostic et l'élaboration de stratégies pour la sortie des fossiles. Et la première étape de toute stratégie est la connaissance de l'état des lieux : consommations par secteur (résidentiel, tertiaire, industrie, transport, bâtiments et éclairage publics), infrastructures, production locale, marges de manœuvre disponibles.
Ce projet propose de concevoir un tableau de bord énergétique communal, réplicable à l'échelle de n'importe quelle commune française, à partir des bases de données publiques existantes (Enedis, GRDF/Agence ORE, SDES, RTE/ODRE, INSEE), afin de :
dresser un diagnostic clair de la consommation et de la production d'énergie d'une commune, secteur par secteur ;
estimer un niveau d'autosuffisance énergétique actuel et ses perspectives à moyen terme (potentiel solaire, éolien, biomasse, méthanisation) ;
rendre ce diagnostic lisible et actionnable pour les élus comme pour l'ensemble des habitants, sans expertise technique préalable, posant les bases d'un débat local informé.
Le travail articulera des données déjà collectées mais dispersées entre plusieurs producteurs (gestionnaires de réseaux, services statistiques de l'État, INSEE), sur le modèle de dispositifs existants comme TerriSTORY ou le Bilan de territoire d'Enedis, en visant une couverture nationale complète et une lecture orientée « autosuffisance » plutôt qu'une simple restitution statistique. Une attention particulière sera portée à la robustesse méthodologique et à une ergonomie pensée pour un public non spécialiste.
Un prototype de tableau de bord, avec une description de la méthodologie de calcul des indicateurs de consommation, de production et d'autosuffisance.
Rockström, J. et al. (2009). A safe operating space for humanity. Nature, 461, 472–475. doi.org/10.1038/461472a
Richardson, K. et al. (2023). Earth beyond six of nine planetary boundaries. Science Advances, 9(37). doi.org/10.1126/sciadv.adh2458
GIEC (2023). Rapport de synthèse du sixième cycle d'évaluation (AR6). ipcc.ch/report/ar6/syr
Loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, article 179. legifrance.gouv.fr
ADEME — Plans Climat-Air-Énergie Territoriaux (PCAET). agirpourlatransition.ademe.fr/.../pcaet
SDES — Données locales de l'énergie, ministère de la Transition écologique. statistiques.developpement-durable.gouv.fr
TerriSTORY — terristory.fr
Contact : Pedro Affonso Nobrega, pedro.affonso_nobrega@minesparis.psl.eu