Émissions territoriales vs. empreinte

(Encadrant : Thomas Gibon)

Descriptif

Quand un pays annonce avoir réduit ses émissions de gaz à effet de
serre, de quoi parle-t-il exactement ? Les inventaires nationaux
transmis à la CCNUCC comptabilisent les émissions produites sur le
territoire — c'est la comptabilité dite territoriale, celle qui sert
de base aux engagements climatiques et aux objectifs européens.
L'empreinte carbone, elle, comptabilise les émissions associées à la
consommation finale des résidents, où qu'elles aient lieu dans le monde
elle retranche les émissions liées aux exportations et ajoute celles incorporées dans les importations.

Les deux mesures divergent fortement pour les économies très ouvertes et désindustrialisées. En France, l'empreinte dépasse l'inventaire territorial d'environ 60 %, et elle a bien moins baissé que lui depuis

  1. L'écart pose une question de fond : une partie de la « décarbonation » observée relève-t-elle d'une réduction réelle, ou d'un déplacement de la production hors du territoire ? La réponse a des conséquences directes sur la politique climatique, en particulier sur des instruments comme le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières.

L'objectif de ce mini-projet est de comprendre et de quantifier cet écart : reconstituer les deux comptabilités pour un pays donné à partir de données publiques, identifier les secteurs et les partenaires commerciaux qui en sont responsables, et discuter ce que chaque mesure permet — et ne permet pas — de piloter.

Attendus

• Expliciter les principes et les périmètres des deux comptabilités : ce qu'elles incluent, ce qu'elles excluent, et en quoi elles sont l’une et l’autre utiles dans les discussions sur la responsabilité et les efforts de décarbonation.

• Reconstituer, pour un pays au choix, la série des émissions territoriales et de l'empreinte à partir de données publiques (inventaires CCNUCC/CITEPA, tables entrées-sorties multirégionales type EXIOBASE ou Eurostat FIGARO).

• Décomposer l'écart entre les deux : par secteur, par région d'origine des importations, et par facteur (volume, structure des échanges, intensité carbone des partenaires).

• Discuter l'hypothèse des « fuites de carbone » : quelle part de l'écart traduit un déplacement de production, quelle part traduit simplement la structure de l'économie ?

• Conclure sur les implications de politique publique : que faudrait-il piloter, avec quel indicateur, et que change le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF/CBAM) ?

Références

• SDES, Note méthodologique sur l'empreinte carbone : https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2020-12/note_methodologique_empreinte_carbone.pdf

• Base EXIOBASE (tables entrées-sorties multirégionales environnementalement étendues) : https://www.exiobase.eu

• Eurostat, tables FIGARO et empreintes associées.

• Peters, G. et al., « Growth in emission transfers via international trade », PNAS, 2011.

• Haut Conseil pour le climat, rapports annuels — chapitres consacrés à l'empreinte carbone de la France.

Contact

thomas.gibon@list.lu