(Encadrant : Thomas Gibon)
Le cadre des limites planétaires identifie neuf processus qui régulent la stabilité du système Terre — changement climatique, intégrité de la biosphère, cycles de l'azote et du phosphore, usage de l'eau douce, acidification des océans, entités nouvelles, etc. — et pour chacun un seuil au-delà duquel le risque de basculement devient élevé. Sept de ces limites sont aujourd'hui considérées comme dépassées. Le cadre est puissant comme diagnostic global, mais il ne dit rien, en lui-même, de ce que doit faire un pays, une entreprise ou un individu.
Passer de la limite globale à l'objectif local suppose une opération d'allocation, et cette opération n'est pas technique : elle est normative. Faut-il répartir au prorata de la population, de la richesse, des émissions historiques, de la capacité à agir ? Selon la clé retenue, le « budget » attribué à un pays varie d'un facteur important, et les entreprises qui se réclament de ce cadre — via les Science Based Targets ou les méthodes d'ACV dites « absolues » — font des choix d'allocation qu'elles explicitent rarement.
L'objet de ce mini-projet est d'examiner ce passage à l'échelle : comprendre le cadre, comparer les principes d'allocation existants, les appliquer concrètement à un pays et à un secteur, et mesurer à quel point le résultat dépend du choix de départ.
• Présenter le cadre des limites planétaires, son état d'actualisation le plus récent, et ses limites méthodologiques reconnues.
• Recenser et comparer les principes d'allocation utilisés dans la littérature (égalitaire par habitant, grand-fathering, responsabilité historique, capacité économique, allocation économique par valeur ajoutée) et expliciter le jugement de valeur porté par chacun.
• Appliquer plusieurs de ces principes à un cas concret — un pays, puis un secteur d'activité, total et par personne — et quantifier l'écart entre les budgets obtenus et les émissions actuelles.
• Confronter les résultats aux objectifs réellement affichés : contributions déterminées au niveau national, objectifs Science Based Targets d'entreprises du secteur retenu.
• Cet exercice permet-il d’estimer des trajectoires de décarbonation réalistes ? équitables ? économiquement viables ?
• Discuter l'extension au-delà du carbone : que devient l'exercice quand on l'applique aux limites azote, eau ou biodiversité, pour lesquelles la « monnaie commune » manque ?
• EEA, “Is Europe living within the limits of our planet?” https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/is-europe-living-within-the-planets-limits – contient les différentes méthodes d’allocation (table 3.2)
• Steffen, W. et al., « Planetary boundaries: Guiding human development
on a changing planet », Science, 2015.
• Ryberg, M. et al., « Development of a life-cycle impact assessment
methodology linked to the Planetary Boundaries framework », Ecological
Indicators, 2018.
• Bjørn, A. et al., « Review of life-cycle based methods for absolute
environmental sustainability assessment », Environmental Research
Letters, 2020.
• Science Based Targets initiative — documentation méthodologique sectorielle.
Contact : thomas.gibon@list.lu